La fugue de Suzanne

Réalisateur :  Jean-Marie Buchet
Scénario :  Jean-Marie Buchet
Images :  Willy Cornette
Ben Mangelschots
Montage :  Jean-Marie Buchet
Production :  Jean-Marie Buchet
Interprétation :  
Suzanne :  Denise Vindevogel
Pélagie :  Léona Muylle
Albert :  Lacaille
Emile :  Roger de Moerloose
Victor :  André Focant

Disponible en 16mm

Synopsis : Suzanne, qui vit avec Albert, a décidé de le quitter. Elle fait sa valise et s'en va.

    
Support :  16mm (Noir & Blanc)
Durée :  125 minutes
Genre :  fiction drame
Année :  1974
    
Pour en savoir plus...

Le film que j'ai préféré c'est "La fugue de Suzanne" du belge Jean Marie Buchet. C'est le seul film qui me laisse un souvenir durable de la manifestation de San Remo. Avec l'impassibilité des grands humoristes, il garde sa caméra obstinément fixe. Buchet a osé raconter une non-histoire caractérisée par l'aboulie de ses protagonistes. Dans une athmosphère de passivité ironique, douze tableaux ou "stations" scandent les étapes de la fugue de Suzanne de la maison d'Albert à celle d'Emile, puise de nouveau celle d'Albert. L'albert en question se traîne en tre son ami Emile et son ami Victor, tandis que l'amie de ce dernier supporte mal sa présence d'épave abandonnée. Brusques mais affables, ces trois "jeunes vieux" répètent des lambeaux de phrases, baillent et s'ennuient beaucoup. Ils nourrissent, Albert et Victor au moins, un vif sentiment d'amour/haine pour les livres dont ils sont entourés. Et au milieu d'un flot de paroles de Proust (Suzanne comme Albertine...), Victor dérange à l'improviste l'épaisse couche d'indifférence dans un éclat d'émotion. Le metteur en scène juge celui-ci digne d'un Gros spécial en opposition flagrante à sa poétique générale: blancheur terne et dépouillée dans laquelle se déplacent ou stagnent comme dans un plan d'eau solidifiée des personnages d'une densité très humaine, malgré l'éclairage très bizarre sous lequel les montre Buchet. Voilà les arcanes de la FUGUE DE SUZANNE: une description de la crise des intellectuels mais aussi un exercice de récitation non-violente spirituel et élevé. Partant du port de Beckett, faisant escale chez Tardieu et côtoyant Eustache, Buchet échoue sur une plage qui est bien sienne, peuplée d'ombres grises et de palpitations d'émotions inexprimées mais non moins vivantes pour autant. Gestes et paroles ont l'économie un peu somnambule des pantomines orientales: Mais Suzanne et ses "vieux" entre deux âges ne pourraient être plus proches de nos conflits quotidiens, de nos tourments intérieurs. Par chance, Buchet visant haut, feint l'ironie et la provocation; son extrême distanciation n'est pas le moindre mérite d'un film par certain côtés extraordinaires.

Francesco Savio. Il Mondo, 4 avril 1974



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