A bout portant

Réalisateur :  Claude François
Scénario :  Claude François
Jean Wallenborn
Images :  Michel Houssiau
Rémon Fromont
Montage :  France Duez
Musique :  Jeff Bodart, Olivier Bodson & Pierre Gillet
Production :  PBC pictures
Ambiances
RTBF - Unité Documentaires
avec l'aide de la Communauté Française de Belgique
Interprétation :  

Disponible en BETA SP, BETA DIGIT

Synopsis : Il est grand temps que justice soit rendue à Roger van de Wouwer, "le peintre le moins complaisant à l'œil, à qui nous devons tant de surprises durables" et que son œuvre soit reconnue comme une des plus intéressantes de 6 deuxième moitié du XXème siècle. De même, l'activité de ses compagnons de route, pendant une période bouillonnante du surréalisme en Belgique, mériterait l'attention du public.

Claude François

    
Support :  Video (Couleur)
Durée :  52
Genre :  documentaire
Année :  2006
    
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Roger van de Wouwer Les peintres du dimanche
    
Pour en savoir plus...

"Du dimanche", se dit de quelqu'un qui pratique une activité en amateur. Peintre du dimanche. (Petit Larousse illustré, 1990)

Introduction: A Anvers, au début des années 1960, s'est formé un petit groupe qui se réunissait régulièrement dans la chambre de Gilbert Senecaut, un ami de Marcel Mariën à la personnalité complexe. Ce groupe d'écrivains, de photographes, de peintres a été très actif dans ce qu'il est convenu d'appeler la mouvance surréaliste. C'est dans cette ambiance qu'a pu s'épanouir Roger van de Wouwer, peintre dont la diversité dans l'invention et la liberté, tant d'esprit que d'exécution, ne sont pas communes.

Motivation: Malgré l'originalité de son talent, malgré une œuvre abondante mais parfois d'un abord difficile, malgré de nombreuses expositions et accrochages en Belgique et à l'étranger, malgré le parrainage de personnes de qualité, comme Scutenaire, Tom Gutt et Marcel Mariën, Roger van de Wouwer est aujourd'hui méconnu, voire totalement inconnu, sauf de quelques inconditionnels. Aucune de ses œuvres n'est visible dans un musée. Quelques-uns dont nous sommes considèrent que cela constitue un scandale auquel il est urgent de mettre fin. Un film pourrait rendre justice au peintre en faisant découvrir son œuvre à un large public. En effet, une présentation dynamique de celle-ci permettrait de faciliter l'entrée du spectateur dans son monde très particulier et d'en approfondir les différents aspects. D'autre part, ce serait l'occasion d'évoquer quelques personnalités intéressantes qui constituaient le groupe anversois des années soixante. Ces constatations sont la raison primordiale pour laquelle nous souhaitons réaliser un film sur Roger van de Wouwer.

L'Homme: Roger van de Wouwer est né à Hoboken en 1933. Après des études à l'athénée d'Anvers où il s'est beaucoup ennuyé, il se destine à la photographie. A cette époque, il n'existe pas de formation spécifique pour les photographes, c'est pourquoi il suit des cours de peinture aux académies d'Anvers et de Bruxelles. A l'occasion de son service militaire, il fait de la photographie aérienne. Le métier lui plaît puisque qu'il se réengage pour un an. Après son épisode militaire, il entre chez Gevaert, où il reçoit une formation spécifique en photographie et où il fera toute sa carrière professionnelle. Il y réalisera des films techniques et organisera de nombreux séminaires de formation pour la clientèle. Il exercera également la fonction de résolveur de problèmes techniques. C'est en faisant du baby-sitting avec sa femme dans une famille riche qu'il découvre la peinture de Dali dans des livres d'art et ensuite le surréalisme. Mais c'est sa rencontre avec Leo Dohmen, alors également employé chez Gevaert, qui déclenche véritablement le génie pictural de Roger van de Wouwer qui se manifestera pendant une trentaine d'années. C'est Leo Dohmen qui lui fera rencontrer Gilbert Senecaut et qui toute sa vie jouera pour lui le rôle de marchand.

L'œuvre: Roger van de Wouwer est à proprement parler un peintre du dimanche. En effet, titulaire d'un bon métier, il a réalisé toute son œuvre pendant ses loisirs ; il n'a jamais eu besoin de vendre ses tableaux pour vivre, ce qui lui a permis une grande liberté dont il ne s'est jamais départi et qui fait de lui un peintre d'une grande originalité, sans qu'il soit tombé dans les travers de l'artiste. Roger van de Wouwer est un peintre sans concession, provoquant, surréaliste non bretonien ; contrairement à la majorité des peintres post-magritiens, il va beaucoup plus loin et avec plus de force que le maître. La peinture de Roger van de Wouwer est raisonnée, sans passion, souvent iconoclaste puisqu'elle dénonce les modes, comme l'abstraction lyrique et géométrique, le Pop’art et l'Op’art ; elle est ironique sans exclure les images poétiques. Les clés qu'elle utilise la rendent parfois énigmatique, difficile à comprendre, mais une fois découvertes, ces clés ouvrent des horizons fascinants. Louis Scutenaire, qui s'y connaissait, a écrit : « Il y a seulement deux sortes de peinture. La première - de loin la plus fréquente - est une fenêtre ouverte sur un mur, la seconde une fenêtre donnant sur un espace infini où évidences et obscurités s'offrent à l'œil qui veut les cueillir. La peinture de Roger van de Wouwer révèle un foisonnement d'idées joyeuses, belles difficiles, amoureuses, mélancoliques, puériles, quotidiennes, claires, miraculeuses, enrichissantes, satiriques, boiteuses, répétées, éblouissantes, aisées, approximatives, fondamentales, éternelles, surprenantes et … Allez-y voir ; passez chalands. (…) Roger van de Wouwer avant tout est un combattant, un combattant ici à l'armure de colibri, là à l'armure de terrassier, les armures les plus terribles qui soient. Il est un tireur qui fait mouche presque à tout coup. Le concret, l'abstrait, le figuratif, l'informel, le fantastique, le réalisme sortent de ses ongles criblés de coups de pinceau, de ses pattes aplatis à coups de palette. » Roger van de Wouwer a illustré notamment Scutenaire, Senecaut, Gutt, Wergifosse, Thyrion et certains de ses dessins ont été publiés par Dohmen, Mariën, Gutt et Canonne.

L'environnement: Deux personnages ont particulièrement marqué l'œuvre et la personnalité de Roger van de Wouwer : Leo Dohmen, qui n'a pas arrêté, sa vie durant, de le pousser à peindre et Gilbert Senecaut qui lui a soufflé quelques idées de tableaux et l'a introduit dans les arcanes du surréalisme. C'est parce qu'ils étaient membres du personnel de Gevaert que l'amitié entre Leo Dohmen et Roger Van de Wouwer a pu se nouer, amitié qui fut déterminante pour l'activité du peintre. A cette époque, Dohmen était photographe amateur et tenait un bar clandestin que fréquentait Senecaut qui l'a initié au surréalisme. Il devint le "marchand" de Roger van de Wouwer et termina d'ailleurs sa vie comme professionnel du commerce d'art, tout en fabriquant des objets que, d'après Mariën, il qualifiera d'art postcolombien. Représentant en savon, Gilbert Senecaut était un esprit universel dont le sentiment poétique le disputait à la rigueur du mathématicien amateur. Dès le début de la guerre 40, il avait été introduit par Marcel Mariën auprès du groupe surréaliste de Bruxelles animé par Nougé. Au début des années 60, quelques surréalisants se réunissaient régulièrement dans la chambre qu'il occupait chez ses parents : notamment Leo Dohmen et Roger van de Wouwer, le photographe Gene Moust, Marc Dalain, qui a traduit Vitrac en néerlandais et de temps à autre Tom Gutt et Jean Wallenborn. "…, Anvers fut à cette époque […] une des têtes de pont les plus aventurées du surréalisme." Gilbert Senecaut n'a laissé qu'une œuvre très peu abondante mais son influence a été marquante. Sa curiosité scientifique en faisait un des regardeurs les plus complices de la peinture de Roger van de Wouwer.

Conclusion: Il est grand temps que justice soit rendue à Roger van de Wouwer, "le peintre le moins complaisant à l'œil, à qui nous devons tant de surprises durables" et que son œuvre soit reconnue comme une des plus intéressantes de la deuxième moitié du XXème siècle. De même, l'activité de ses compagnons de route, pendant une période bouillonnante du surréalisme en Belgique, mériterait l'attention du public. Il y a donc urgence à faire un film sur Roger van de Wouwer, tant qu'il reste quelques témoins vivants de sa période la plus créative.

Claude François



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