Sirène de lune

Réalisateur :  Psyché Piras
Sophie Collay
Scénario :  Psyché Piras
Images :  Rémon Fromont
Montage :  Méline Van Aelbrouck
Musique :  Fabrice Dumont et Joël Parmentier
Production :  pbc pictures
Ambiances asbl...
affiche :  René Follet
Interprétation :  
Vera :  Psyché Piras
Arvö :  Benoît Verhaert
Le portier :  Elie Lison
La flamande :  Daniella Bisconti

Disponible en BETA SP, BETA DIGIT, 35mm

Synopsis : Il était une fois… Une fois par mois… Les nuits de pleine lune… Une petite Sirène qui retrouve ses jambes…

Il était une fois… Une fois par mois… Les nuits de pleine lune… Un marin qui retrouve sa belle…

Sirène de lune est une adaptation d'une nouvelle d'Yvan Alvarez intitulée "Eva reste au placard les nuits de pleine lune".

    
Support :  35mm (Noir & Blanc)
Durée :  15
Genre :  fiction fantastique
Année :  2006
    
    Photo(s) disponnible(s) en qualité d'impression:
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Affiche: René Follet Vera (Psyché Piras) Arvö (Benoît Verhaert) Arvö et Vera (Psyché Piras et Benoît Verhaert) Le portier et Vera (Elie Lison et Psyché Piras)
    
Pour en savoir plus...

Sirène de lune de Psyché Piras et de Sophie Collay

Histoire de la petite sirène qui retrouvait ses jambes. Quelques semaines à peine après qu'Alex Stockman ait proposé son adaptation de la nouvelle d¹Ivan Alvarez Eva reste au placard les nuits de pleine lune (voir notre numéro précédent), Psyché Piras nous propose sa version de la même histoire. "Je connaissais Ivan Alvarez", nous explique Psyché, "et j¹avais été bouleversée par sa nouvelle dans laquelle il évoquait sa maladie. Il avait accepté de m¹en céder les droits et je me suis mise à travailler sur l¹adaptation. Quelques temps après le décès d'Ivan, Alex Stockman est venu me demander si j¹étais d'accord qu¹il réalise une adaptation de la même nouvelle. Nous en avons discuté et, comme le traitement que proposait Alex était assez différent du mien, j¹ai acquiescé."

Certes, les deux films sont très différents l¹un de l¹autre. Là où Alex filme de façon plutôt conventionnelle en gardant une certaine distance avec son sujet et en délayant davantage son propos, Psyché Piras nous livre un film âpre, véritable boule de souffrance, resserré autour de ses quinze minutes, tourné dans un noir et blanc granuleux, et dont le personnage principal est une femme. "Dans la nouvelle originale, le personnage est un homme, et j¹avais d¹abord commencé mon adaptation comme ça. Mais je n¹arrêtais pas de m¹identifier à lui, de me demander comment je réagirais si j¹étais à sa place, jusqu¹au moment où je me suis dit qu¹il serait plus simple et plus logique dans ma position de prendre le point de vue d¹une femme".

Il était une fois, donc, une jeune femme atteinte d¹un sévère handicap moteur qui l¹empêche de coordonner ses mouvements, la rend difforme, la fait horriblement souffrir et la condamne à une terrible solitude affective. Mais, une fois par mois, les nuits de pleine lune, la demoiselle devient une belle jeune fille qui s¹en va, d¹un pas alerte, retrouver son amoureux dans le bar d¹un grand hôtel. Elle s¹est liée d¹amitié avec le portier. Ensemble, ils jouent au Mikado, jeu d¹adresse dans lequel elle est imbattable. Son amant souhaiterait qu¹elle reste davantage, mais notre Cendrillon s¹enfuit toujours avant de redevenir autre. Un jour, poupée cassée, elle prend un café sur une terrasse, lorsque surgit son ami, le portier de l¹hôtel. Il la reconnaît, et lui offre une nouvelle boîte de Mikado, que la jeune femme, d'un geste convulsif et maladroit, envoie rouler au loin, jusqu¹aux pieds d¹un passant de hasard : son amant. Va-t-il ramasser la boîte et la lui rendre ou tourner les talons pour ne plus jamais la revoir ? Psyché Piras interprète ce personnage en force et en tension. Elle dit avoir été très touchée par "le paradoxe socio-médical vécu par ces personnes atteintes d¹une infirmité motrice cérébrale : l¹esprit fonctionnant à 100% et le handicap physique qui s¹accentue durant toute leur vie. Ces paradoxes que nous vivons tous à un moment de notre existence".

On partage avec elle la souffrance de cette jeune femme, barricadée dans sa différence, son incapacité à aimer et être aimée. Pourtant, elle a tellement d¹amour en elle, et ne peut l¹exprimer que par cette métamorphose onirique qui ne résiste pas à la lumière du jour. L¹identification de la comédienne est saisissante. Au-delà d'une technique de jeu ultra réaliste, où chacun des gestes est étudié pour restituer avec précision le quotidien d¹une handicapée motrice, il y a la douleur de cette femme repliée sur elle-même, incapable de briser le mur du silence qu¹elle s¹est imposé.

Pour accentuer notre immersion, Psyché et sa coréalisatrice, Sophie Collay optent pour un noir et blanc qui durcit encore l¹image. "Ce choix est fonction de la dualité que nous retrouvons partout dans le film, entre le jour et la nuit, la belle jeune fille les nuits de pleine lune, handicapée le jour, l¹amour et la solitude. Le noir et blanc rend "physiquement" cette dualité", explique Psyché Piras. Et elles élaguent toute scène anodine, laissant au spectateur peu d¹espaces de respiration. Celui qui accepte de plonger à leur suite en ressort secoué, bouleversé, agacé et, dans tous les cas, ému.

Marceau Verhaeghe (05/12/2006 Cinergie) www.cinergie.be/critique.php?action=display&id=830



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